17 mai 2006

Comment j'en reviendrai ? Radieux ou irradié ?

Bonjour à tous !

Désolé pour le changement de blog. Beaucoup de changements d'un coup, je sais... Envie de repartir sur du neuf. Sans renier une seule seconde le passé, et tout ce qui s'est passé, parce que j'y tiens...

En parlant de ce passé, ma mère m'a gentiment demandé de faire de la place dans mes placards. Sachez que chaque post, chaque lettre, chaque petit bout de papier griffoné, chaque mot qui me semble important est stocké dans des classeurs, eux-même stockés dans des boîtes, elles-même stockés dans des cartons... 9 cartons, pour 9 années d'écriture. (Je sais, y'en a qui doivent trouver ça bête, de stocker bêtement...) Bref, je vous laisse imaginer le nombre d'heures que je passe à "aligner des mots pour faire des phrases"...

Qu'est-ce que je pourrais bien vous raconter ? Ma vie, au jour le jour...

Ce matin, un appel de Bogdana, une vieille amie, une vieille correspondante ukrainienne avec qui j'ai toujours gardé le contact. (On parle anglais, c'est plus simple... Même si elle dit que j'apprends très vite l'ukrainien) Avec son accent spécifique, elle m'a invité à venir chez elle, à Kiev, en Juin.

A 130 km de Tchernobyl, a-t-elle bien précisé. Elle sait que cette ville qui m'effraie tant m'attire aussi énormément. Envie de voir cette zone interdite. Envie de penser à tout ceux qui y ont laissé leur vie, parce qu'il ne faut pas les oublier. Elle m'a montré beaucoup de ses photos. Beaucoup de ses vidéos où l'on entend rien, ou presque. Le vent dans les feuilles des arbres, et le compteur Geiger qui crépite un peu. Des immeubles vides, de la végétation au milieu de la route, et ce sarcophage, rouillé... Cette cheminée rouge et blanche qui fut (et qui est toujours) le cauchemar de toute une population.

Elle vivait à Pripiat, à 2 kilomètres de la centrale, à l'époque. Le jour de la catasrophe, elle et sa famille étaient partis deux semaines en Grèce. Chance inespérée... Son père étant physicien nucléaire, il a très vite compris l'ampleur du phénomène, et ne sont jamais retournés chez eux. C'est seulement il y a un mois, 20 ans après, que Bogdana a remis les pieds dans son appartement... Il n'y avait plus rien. Juste une de ses vieilles poupées, et un de ses posters préférés... radioactifs...

J'imagine à quel point ça doit être dûr. Repenser à ce qu'elle a dû quitter, à ses souvenirs, à ses bons moments. Elle venait juste d'avoir 6 ans, le 26 avril 1986. "On ne sait pas ce que la vie nous réserve, alors il faut en profiter pleinement... Du jour au lendemain, tu sais, on peut tout perdre, Mickaël" Elle m'a dit ça tout à l'heure, avec une voix tremblante, et je suis sûr que des larmes devaient couler de ses yeux bleus.

C'est terrible de voir à quel point l'être humain peut s'acharner pour s'auto-détruire... Il y a des fois, comme ça, où je déteste la technologie.

Alors, j'ai accepté d'y aller...

Pour voir (Bogdana)
Pour voir (ce qu'il y a à voir)