Rien que pour toi, p'tite boule de poils
Je m'en souviens comme si c'était hier. C'était un après-midi de juillet 1993. Un week-end. Le soleil tapait fort. On devait fêter un anniversaire, je ne sais plus exactement celui de qui, à St Donat, chez ma tante. Moi et mon frère, nous n'avions pas envie d'y aller. Ma soeur était petite, elle n'avait que 16 mois. Ce jour-là, en arrivant, on a eu une surprise. Leur chienne avait donné naissance à 5 chiots. Dans leur enclos, ils étaient tous agités, sauf une. Indy (à cause d'Indiana Jones, oui). La plus petite, la plus frêle, pourtant. Ma tante me l'avait mis dans les bras, et j'avais aussi peur que cette boule de poil. Son petit coeur battait très vite et ses yeux étaient aussi inquiets que les miens. Tout le monde pensait qu'elle ne survivrait pas très longtemps, faible comme elle était. Avec mon frère, nous avions emmerdé nos parents pour en adopter un, mais ma mère n'était pas d'accord. Nous étions déçus. C'était la seule qui n'avait pas encore de propriétaire attitré. Elle restait sagement roulée en boule, dans un coin de l'enclos, tandis que les autres bougeaient sans cesse. Je vois la scène comme si c'était hier.
Le temps était passé, septembre et la rentrée étaient arrivés. Je crois que le 21 septembre 1993 restera à jamais gravé dans ma mémoire. C'était l'anniversaire de mon frère. Ses 6 ans. On rentrait de l'école. Les deux étages d'escaliers, sans ascenseur. A l'heure du goûter, ma tante avait débarqué en quatrième vitesse, en disant qu'elle était hyper mal garée, et avait un étrange paquet tout troué pour mon frère. J'avais tout de suite compris. Quand il a soulevé le couvercle de cette boîte, une petite truffe toute noire est apparue. On a sauté de joie en hurlant comme des fous. C'était Indy. Celle a qui on ne prédisait pas un long avenir. Elle avait grandi, mais était toujours aussi trouillarde. Elle débarquait dans un milieu qu'elle ne connaissait pas, et avait peur. Ma mère n'a rien dit. Elle était heureuse de nous voir aussi joyeux. C'est ainsi que de 5, la famille est passée de 6 membres.
Mon frère exhibait fièrement les papiers du chien, avec son nom dans la case "Propriétaire", je me souviens. Et quand il fallait aller la promener, on voulait tous les deux le faire, si bien que mon père avait instauré une sorte de planning, pour savoir qui lui donnerait à manger, qui la sortirait, etc... De vrais gamins, fous de cette adorable peluche vivante. Alors je vous explique pas comme on était fiers, quand mon père venait nous chercher à l'école avec le chien. Parce que devant les copains, c'était bien ! En plus on lui avait appris tout un tas de trucs basiques du style assis, debout, couché, donne la patte, elle épatait tout le monde !
Août 1994, nous avons déménagé, pas loin, certes, mais dans une maison toute neuve, avec un grand terrain. La chienne a été la première à prendre ses marques, et a tout de suite adopté les lieux, tandis que mon frère et moi nous disputions pour avoir telle ou telle chambre. Le temps est passé. De bons moments, de moins bons. La vie quoi. Nous grandissions. Tous. Et pour nous Indy, c'était celle qui nous consolait quand ça allait mal, qui nous faisait rire quand elle partait à la renverse en attrapant une balle de tennis, qui aboyait contre les lézards. Qui a fait exploser la piscine gonflable quand elle s'est jetée dedans et que ses griffes ont coupé le plastique. Qui me faisait rire, quand, lorsque je conduisais, elle me sautait dessus, et mettait ses pattes avant sur le volant. Qui adorait passer la tête par la fenêtre quand on roulait vite. Qui nous donnait l'impression qu'on était parti depuis des heures quand on voyait comment elle était contente de nous revoir. Avec elle, j'ai fait des concours d'aboiement, de hurlement, et mes cordes vocales s'en souviennent. Elle aimait défaire mon lit au fur et à mesure que je le faisais, rien que pour s'amuser. Avec elle, j'ai fait de la course à pied à n'en plus finir, dans les bois, et même qu'elle prenait un malin plaisir à courir comme une déjantée, et à m'attendre un peu plus loin avec son regard "ben alors, tu te traînes mon vieux". Quand elle a été malade, en 2001, j'ai été là pour elle, dès que je le pouvais. Et je voyais la joie dans ses yeux, quand elle m'apercevait. Elle se mettait à couiner, à aboyer dans tous les sens, tant que je ne l'avais pas caressée. Et quand elle est allée mieux, tout est redevenu comme avant.
Au fur et à mesure que le temps a avancé, j'ai vu les effets de la vieillesse apparaître. Elle est devenue plus calme, passait plus de temps dans son panier, à dormir. A moins entendre et à moins voir aussi. Mais nous prenions soin d'elle. Nous lui rendions ce qu'elle nous avait apporté pendant notre jeunesse-adolescence. Depuis juin, je la voyais moins, étant sur Paris, mais au téléphone toujours, je prenais des nouvelles de tout le monde. Elle avait pris un coup de vieux et était devenue totalement sourde depuis août.
Cette nuit, je me suis réveillé en sursaut. Bien sûr je ne ne suis pas arrivé à me rendormir et j'ai attendu patiemment l'heure du boulot, avec cette désagréable impression que quelque chose ne tournait pas rond. Vous savez comme un sentiment de malaise dont on ne trouve pas l'origine. Sous la douche, j'me suis dit que j'avais p't'être fait un cauchemar, ou quelque chose dans le genre, et que ça m'avait réveillé.
7h30. J'arrive au boulot, sors mon téléphone. Dans ma boîte vocale, la voix de ma mère. "J'ai une bien triste nouvelle à t'annoncer Mickaël. Indy est morte cette nuit". Mon coeur s'emballe, et j'annonce aux autres que j'ai besoin d'une pause, sans rien préciser. Sur la terrasse du 9ème, je me suis assis. Et j'ai pleuré. A n'en plus finir. Avec cette douleur que je ne pensais pas revivre de sitôt, celle qui vous transperce le coeur. J'ai appelé ma soeur. Elle était aussi abattue que moi. Au bout de 45 minutes, je me suis ressaisi, ai séché mes yeux, et suis retourné bosser, jusqu'à 20h. Ma tête n'était pas là et mes gestes purement mécaniques. Ne rien laisser paraître, bien sûr, je sais faire. Mais quand j'ai claqué la porte de l'appartement en rentrant, je me suis mis sur mon lit et j'ai de nouveau pleuré. Je pleure encore, là, tout de suite. J'ai mal. Si vous aviez comme j'ai mal. Le prochain retour à la maison va être douloureux.
Elle me manquait. Elle me manque. Elle me manquera. La vie est dure, par moments.
J'vous laisse, j'vais essayer de me détendre. Parce que sinon, dans cet état, je vais rien dormir de la nuit. Et demain je bosse...
Le temps était passé, septembre et la rentrée étaient arrivés. Je crois que le 21 septembre 1993 restera à jamais gravé dans ma mémoire. C'était l'anniversaire de mon frère. Ses 6 ans. On rentrait de l'école. Les deux étages d'escaliers, sans ascenseur. A l'heure du goûter, ma tante avait débarqué en quatrième vitesse, en disant qu'elle était hyper mal garée, et avait un étrange paquet tout troué pour mon frère. J'avais tout de suite compris. Quand il a soulevé le couvercle de cette boîte, une petite truffe toute noire est apparue. On a sauté de joie en hurlant comme des fous. C'était Indy. Celle a qui on ne prédisait pas un long avenir. Elle avait grandi, mais était toujours aussi trouillarde. Elle débarquait dans un milieu qu'elle ne connaissait pas, et avait peur. Ma mère n'a rien dit. Elle était heureuse de nous voir aussi joyeux. C'est ainsi que de 5, la famille est passée de 6 membres.
Mon frère exhibait fièrement les papiers du chien, avec son nom dans la case "Propriétaire", je me souviens. Et quand il fallait aller la promener, on voulait tous les deux le faire, si bien que mon père avait instauré une sorte de planning, pour savoir qui lui donnerait à manger, qui la sortirait, etc... De vrais gamins, fous de cette adorable peluche vivante. Alors je vous explique pas comme on était fiers, quand mon père venait nous chercher à l'école avec le chien. Parce que devant les copains, c'était bien ! En plus on lui avait appris tout un tas de trucs basiques du style assis, debout, couché, donne la patte, elle épatait tout le monde !
Août 1994, nous avons déménagé, pas loin, certes, mais dans une maison toute neuve, avec un grand terrain. La chienne a été la première à prendre ses marques, et a tout de suite adopté les lieux, tandis que mon frère et moi nous disputions pour avoir telle ou telle chambre. Le temps est passé. De bons moments, de moins bons. La vie quoi. Nous grandissions. Tous. Et pour nous Indy, c'était celle qui nous consolait quand ça allait mal, qui nous faisait rire quand elle partait à la renverse en attrapant une balle de tennis, qui aboyait contre les lézards. Qui a fait exploser la piscine gonflable quand elle s'est jetée dedans et que ses griffes ont coupé le plastique. Qui me faisait rire, quand, lorsque je conduisais, elle me sautait dessus, et mettait ses pattes avant sur le volant. Qui adorait passer la tête par la fenêtre quand on roulait vite. Qui nous donnait l'impression qu'on était parti depuis des heures quand on voyait comment elle était contente de nous revoir. Avec elle, j'ai fait des concours d'aboiement, de hurlement, et mes cordes vocales s'en souviennent. Elle aimait défaire mon lit au fur et à mesure que je le faisais, rien que pour s'amuser. Avec elle, j'ai fait de la course à pied à n'en plus finir, dans les bois, et même qu'elle prenait un malin plaisir à courir comme une déjantée, et à m'attendre un peu plus loin avec son regard "ben alors, tu te traînes mon vieux". Quand elle a été malade, en 2001, j'ai été là pour elle, dès que je le pouvais. Et je voyais la joie dans ses yeux, quand elle m'apercevait. Elle se mettait à couiner, à aboyer dans tous les sens, tant que je ne l'avais pas caressée. Et quand elle est allée mieux, tout est redevenu comme avant.
Au fur et à mesure que le temps a avancé, j'ai vu les effets de la vieillesse apparaître. Elle est devenue plus calme, passait plus de temps dans son panier, à dormir. A moins entendre et à moins voir aussi. Mais nous prenions soin d'elle. Nous lui rendions ce qu'elle nous avait apporté pendant notre jeunesse-adolescence. Depuis juin, je la voyais moins, étant sur Paris, mais au téléphone toujours, je prenais des nouvelles de tout le monde. Elle avait pris un coup de vieux et était devenue totalement sourde depuis août.
Cette nuit, je me suis réveillé en sursaut. Bien sûr je ne ne suis pas arrivé à me rendormir et j'ai attendu patiemment l'heure du boulot, avec cette désagréable impression que quelque chose ne tournait pas rond. Vous savez comme un sentiment de malaise dont on ne trouve pas l'origine. Sous la douche, j'me suis dit que j'avais p't'être fait un cauchemar, ou quelque chose dans le genre, et que ça m'avait réveillé.
7h30. J'arrive au boulot, sors mon téléphone. Dans ma boîte vocale, la voix de ma mère. "J'ai une bien triste nouvelle à t'annoncer Mickaël. Indy est morte cette nuit". Mon coeur s'emballe, et j'annonce aux autres que j'ai besoin d'une pause, sans rien préciser. Sur la terrasse du 9ème, je me suis assis. Et j'ai pleuré. A n'en plus finir. Avec cette douleur que je ne pensais pas revivre de sitôt, celle qui vous transperce le coeur. J'ai appelé ma soeur. Elle était aussi abattue que moi. Au bout de 45 minutes, je me suis ressaisi, ai séché mes yeux, et suis retourné bosser, jusqu'à 20h. Ma tête n'était pas là et mes gestes purement mécaniques. Ne rien laisser paraître, bien sûr, je sais faire. Mais quand j'ai claqué la porte de l'appartement en rentrant, je me suis mis sur mon lit et j'ai de nouveau pleuré. Je pleure encore, là, tout de suite. J'ai mal. Si vous aviez comme j'ai mal. Le prochain retour à la maison va être douloureux.
Elle me manquait. Elle me manque. Elle me manquera. La vie est dure, par moments.
J'vous laisse, j'vais essayer de me détendre. Parce que sinon, dans cet état, je vais rien dormir de la nuit. Et demain je bosse...

0 Comments:
Enregistrer un commentaire
<< Home