14 octobre 2008

Extrait d'une interview (13/10/2008)

- […] nous sommes heureux d’accueillir aujourd’hui Mickaël D. Pour ceux qui ne le sauraient pas, c’est lui qui est à l’origine du projet de télévision locale dont vous avez dû entendre parler, il ya quelques mois de ça. Merci d’avoir accepté notre invitation…

- C’est tout naturel…

- Alors dites-nous comment vous est venu une pareille idée ?

- C’est né d’un sentiment de revanche, je crois. Vous savez, quand j’ai été diplômé en audiovisuel, ma première envie –et c’est bien normal- a été de trouver du travail dans ce domaine. J’étais loin d’imaginer que c’était si difficile d’accès. A peine sur le marché du travail, on exige de vous que vous ayez cinq années d’expériences. Difficile à faire, si personne ne nous laisse une chance. Un beau jour, j’en ai eu marre de tous ces entretiens infructueux, et je me suis dit que j’allais monter ma propre affaire. L’idée d’une télévision de proximité me trottait dans la tête depuis déjà de longues années…

- C’était un pari risqué, de se jeter dans un tel projet, non ?

- Il n’y a pas de gros risques tant que le projet est sur du papier. Vous savez, j’ai commencé par trouver quelqu’un qui ait une solide expérience dans le secteur commercial. Après tout j’avais un projet à vendre, et n’étais pas doué pour trouver de potentiels investisseurs. Je ne remercierai d’ailleurs jamais assez Monsieur G., sans qui nous ne saurions jamais allé aussi loin. Dès le départ notre projet a fait mouche. Logique, nous étions dans un bassin en développement dépourvu d’une pareille structure…

- Et vous qu’avez-vous fait pendant ce « démarchage » ?

- J’ai passé des mois à réfléchir (rires). Des mois à faire des schémas de câblage, à étudier les contraintes d’émissions, à chercher des locaux, à étudier des devis, faire des estimations au plus juste en ce qui concernel le personnel et les fonds requis. J’ai passé de longues heures à étudier tout le domaine juridique, ce qui concerne la vie d’une société, ses obligations, ses droits, ses devoirs, mais aussi, toute la législation liée à l’audiovisuel, à l’information.

- C’est assez énorme comme charge de travail, pourquoi vous n’avez pas délégué tout ce travail à d’autres personnes ?

- Pour une raison toute simple. Trouver des gens motivés qui acceptent de bosser 14 heures par jour pour zéro euros par mois, c’est loin d’être évident. On a porté ce projet à deux en y mettant toute l’énergie que nous pouvions trouver.

- Et donc au final, combien d’investisseurs intéressés ?

- Quarante-cinq. Ca vous parlera plus si je vous dis qu’on disposait donc d’un capital total de 2.057.961 euros, je me souviens encore du chiffre. Jamais je n’aurais espéré autant, si rapidement. Mon budget de lancement se situait à 1.340.650 euros…

- Pas d’aides de la région, du département ?

- Rien. On m’a clairement fait comprendre qu’en ce qui concerne le domaine de l’information-communication, il valait mieux que l’Etat n’y soit pas mêlé de près ou de loin. Pourtant, les exemples de subventions ne manquent pas, croyez-moi. Puis je crois que je ne voulais pas d’une aide pareille, juste pour éviter les remarques du type « ouais, c’est avec nos impôts qu’il s’amuse ».

- Ce qu’on ne comprends pas, et je parle pour tous les auditeurs, c’est pourquoi ce projet est tombé à l’eau. Des problèmes de personnel, de moyens financiers, d’organisation, de programmes ? Expliquez-nous…

- Vous remercierez l’institution dont je tairai le nom est qui est seule maître pour la délivrance des autorisations de diffusion. Nous avions tout. Commencé des entretiens d’embauches, détaché du personnel d’un de « mes » actionnaires majoritaires, planifié des grilles de programmes, trouvé des locaux, eu toutes les autorisations d’exploitation pour les émetteurs. Tout je vous dit. Il manquait une chose. L’accord d’une dizaine de personnes, extérieures au projet. Qui nous ont jugé sur un dossier de 250 pages, et un entretien oral de plus d’une heure. Qui nous ont jugé en appliquant des principes qui conviennent à une ville de plusieurs millions d’habitants, pas à une communauté de villes de 180000 âmes. Ils ont jugé notre budget intenable, et pourtant, il l’était largement, sachant qu’on avait visé les pires situations à savoir 50 % des revenus évalués. Avec seulement 50% des recettes prévisionnelles, on arrivait à prévoir un bilan positif sous 5 ans, et un retour sur investissement de l’ordre 6,4 % sous 8 ans. Des comptes largement bénéficiaires pour nos actionnaires, et donc pour la société. Ce qui nous a surtout été reproché, c’est le non-respect du dispositif anti-concentration.

- Qu’est-ce que c’est ?

- Une loi complexe que je vais essayer de vous résumer de manière simple. En gros, on veut limiter, comprenez interdire, aux sociétés d’édition de presse, de télévision, ou de radio, d’avoir plusieurs structures du même type, afin de limiter le risque de « non-pluralité des médias ». Même si notre actionnaire majoritaire était un groupe de presse écrite très connu dans la région, nous avions conclu un accord, selon lequel les rédactions du journal et de la télévision seraient totalement indépendantes. Accord accepté et signé par toutes les parties (y compris l’autorité de régulation) dès les premiers mois du projet. En gros, en invoquant ce motif de rejet, ils allaient contre un accord qu’ils avaient eux-même accepté. On leur a donc rappelé après leur décision, et ils ont supprimé ce motif pour ne garder que celui de « avenir financier incertain – Refus du dossier ». Clairement, on m’a mis des bâtons dans les roues. Un jeune de 24 ans qui arrive à prouver qu’il peut arriver à ses fins, en se battant tant qu’il peut, alors que d’autres bien plus aisés ne sont pas capables de monter un dossier aussi béton que le nôtre, ça fait des vagues… Et on n'aime pas les vagues, visiblement.

- Et vous n’avez pas eu de moyen de faire une sorte d’appel de la décision ?

- Et non, décision définitive et irrévocable. Faire un procès pour de la discrimination coûterait une fortune, et serait perdu d’avance.

- Perdu d’avance ?

- Il y a des gens qu’il vaut mieux ne pas chercher […]


Ca fait du bien de pouvoir s'exprimer, des fois...

4 Comments:

Blogger Mélie said...

...
purée ><

14 octobre 2008 à 16:14  
Blogger Mickaël-Ephant said...

Ca, j'te l'fais pas dire... ^^

15 octobre 2008 à 14:03  
Anonymous Anonyme said...

*soupir*
Je ne savais pas qu'ils avaient retiré le motif de non-respect du dispositif "anti-concentration" (et encore moins qu'ils avaient signé un papier disant que ça ne poserait pas de problème)

Grmpf! Ca m'énerve encore, contre cette autorité de régulation. J'trouve ça trop injuste, comme dirait Calimero.

Mais comme tu es un garçon super balèze (plus je pense à ce que tu as déployé pour ce projet, plus je suis admirative), t'aurais pas par hasard envie de monter, un jour (pas tout de suite, hein... J'te laisse reprendre tes esprits d'abord), une société de distribution, une association d'éducation aux médias et/ou une salle de cinéma de quartier, disons en Belgique? ;-)

Euh oui... J'me tais.

15 octobre 2008 à 15:29  
Blogger Mickaël-Ephant said...

"Mais comme tu es un garçon super balèze" -> Oui, euh, c'est peut-être un peu exagéré quand même... Je rougis, même.

Pour tes idées "Belges - made in Belgium, not in Sarkozyland", je dis que rien n'est impossible.

Faut vraiment que je t'envoie un mail, là, ça ne peut plus durer... A force d'accumuler toutes les choses que j'ai à te dire, j'vais finir par en oublier...

17 octobre 2008 à 11:52  

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