Rester seul peut nuire à la santé
Je suis cassé.
Cette semaine, les journées ont défilé à un rythme insoutenable. Mardi, la gare de Valence TGV, et un train qui m'emmène jusqu'à Paris, en un temps record. Un entretien d'embauche, avec pour seule réponse : « le seul problème, c'est que vous n'avez pas assez d'expérience ». Y'a des fois où les gens comme ça, je la leur ferais manger à la petite cuillère, leur expérience, tellement ils m'exaspèrent. Le « bon courage pour la suite » sonnait tout aussi faux, en sortant de ce bureau. Après cette demie-heure purement et simplement inutile, le métro, pour débarquer chez Damien, que je n'ai pas vu depuis quatre mois. C'est fou, en si peu de temps, comme les choses peuvent changer. La dernière fois, son studio bordélique de célibataire endurci n'était pas en mesure d'être traversé de part en part. Le même studio, cette semaine, donnait l'impression d'avoir été refait à neuf. C'est seulement quand il m'a présenté Delphine, sa petite amie (pas si petite que ça, vu qu'elle fait seulement douze centimètres de moins que moi), que j'ai trouvé une « explication logique » à tout ce changement, si brutal. Dans un sens c'est génial, on peut aller aux toilettes sans risquer une fracture de la cheville, poser un verre sur la table sans qu'il y reste collé pour autant, et la nuit, dans le noir, on peut marcher pieds nus, sans crainte de finir aux Urgences du coin. Merveilleux. Aussi, au cours du repas, la phrase qui tue « Quoi t'es toujours seul toi ? Ben alors, mais qu'est-ce que tu fous ? ». Comment expliquer ça... Ca a le don de me crisper, de faire se hérisser tous les poils de mon corps. Alors par pure gentillesse, déconnecter le système vocal de mon cerveau, pour lui épargner une phrase du genre « Ferme ta grande g*****, s'il te plait, tu crois que ça m'amuse ? ».
Mercredi, vers midi, c'est à Nancy que je me trouvais, juste pour revoir un ancien camarade de classe, qui, ça remonte le moral, se trouve dans des galères étrangement similaires aux miennes. Passer des heures à discuter, en rêvant de refaire le monde, et aussi, en rêvant de donner un vrai sens à nos vies, le tout, autour d'une bouteille de Vodka Ukrainienne, que je lui ai ramené de Kiev, lors de ma précédente excursion en Europe. En fin de soirée, tomber comme des masses, encore plus déprimés qu'au départ, mais, c'est pas si grave.
Pour continuer dans l'ambiance déprimante amorcée la veille au soir, je n'ai rien trouvé de mieux à faire qu'aller à Luxembourg, le jeudi. Cette ville n'a rien de démoralisant en elle-même, rassurez-vous. C'est juste que cette balade hors de nos frontières n'avait rien, vraiment rien d'un séjour touristique. Moments de recueillement, et de tristesse. Des souvenirs douloureux qui datent d'un peu plus de deux ans. Voir le nom d'une personne qui m'a été chère, gravé dans du marbre, ça me fait toujours aussi mal. Ca en fait encore plus, quand on voit écrit 24 Janvier 1985 – 17 Mai 2005, et que je ne peux pas m'empêcher de me sentir coupable de tout ça, même si je tout le monde me dit que je n'aurai rien pu y faire, que ce n'était pas « prévisible ». Mhh... Moral au plus bas. Entrer à l'hôtel vers 17h30, et en sortir le lendemain, à 5h30, après une de ces nuits blanches dont j'ai le secret.
Vendredi, les rues de Grenoble, presque familières, le tram et un peu de bus. Laisser toutes mes affaires chez P., et aller courir 2h15 non-stop, parce que selon moi, rester à rien faire, ça favorise grandement le « broyage de noir » qui est par moments un de mes passe-temps le plus détestable, et le plus détesté, aussi. Plus tard, une douche, points noirs dans les yeux, et jambes qui rendent l'âme, c'est quand j'ai fermé les yeux au sol que j'ai compris que j'aurais dû manger quelque chose. C'est à grands coups de « Ohé, Mickaël, réveille-toi, tu m'entends », que j'ai refait surface. Elle m'a préparé un bon goûter pour reprendre des forces, et des couleurs aussi, parce que, parait-il, j'étais très pâle. Elle a conduit, pour aller chez F, pour une soirée poker, où j'ai joué au hasard. Impossible de me concentrer. Trop de choses « prenantes » qui monopolisent l'attention, et on ne peut rien y faire.
Hier, retour à la maison, qui, pour fêter ça, était désespérément vide. Chez mon grand-père, absent lui aussi, jouer du piano, sans voir les heures qui passent. Ecouter des portions de CD en boucle, et les restituer tant bien que mal sur ce clavier usé.
Aujourd'hui est bien vite résumé. Cadeau de la fête des pères, aller voter, écrire ce post, et poireauter sur MSN, en attendant que le temps passe.
Demain sera meilleur, vu qu'il ne peut pas être pire.

2 Comments:
Juste pour te prouver que je ne suis pas vraiment sadique (cf. comment du post précédent): un commentaire gentil (et sincère, en plus, si ça c'est pas formidable!) Il est très beau, ce post. Je me mets à ta place et j'aimerais beaucoup qu'il soit plus joyeux. Mais, à défaut, il est touchant. Et beau. Parce qu'on se reconnaît tous dans les moments de blues, la solitude, les rêves des autres. Alors, courage. Parce qu'en fait on est jamais vraiment seuls. Ou bien si. Tout le temps. Même quand on a une épaule sur laquelle s'appuyer. Et c'est sinistre, ce que je dis, mais quand on en prend conscience, ça console et euh... Voilà. Ca ira mieux demain, j'en suis sûre.
Une chose à dire : J'suis touché, et, merci. (Ca fait 2 choses ça, mais, j'ai jamais su synthétiser...)
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